Le blog de la Discothèque

Jazz 27 septembre 2009

Erich Avinger : Poets, Misfits, Beggars And Shamans, Heart Music, P 2000
Né en 1956, Erich Avinger, multi-instrumentiste Texan, est un de ces créateurs capable d’agir en orfèvre de la réappropriation esthétique. L’intérêt qu’il semble manifester pour les autres cultures musicales – les rythmes indiens et ses fameux râgas – paraît lui avoir donné une richesse d’arrangement faite pour nous transporter dans des univers a priori hybrides, et en esthète, il nous livre là un jazz fusion généreux et cohérent très expressif, progressif, intégrant ces éléments à d’autres plus « roots » de musique populaire américaine : Jazz folk et country jazz donc, World fusion et jazz rock, cohabitent ou plutôt ne font qu’un. Ce solide improvisateur surtout, qui pourrait être confondu avec un Pat Metheny, voire un scott henderson, nonobstant un son saturé qu’il n’hésite à employer à profusion, nous fait songer à un autre musicien d’Austin, un certain Eric Johnson, Comme le rappelle avec pertinence le journaliste New-Yorkais de jazz times Bill Milkowski . L’album est composé de deux parties, avec d’abord quatre pièces enregistrées live en quartet en 1995, où il exprime des atmosphères chaleureuses, où l’on perçoit le cheminement artistique de quelqu’un qui a beaucoup cherché et étudié, l’exigence d’une curiosité insatiable et faisant face à des horizons sans limite. La deuxième partie qui se passe en studio, intègre plus volontiers les influences râgas et une plus grande originalité timbrale, mais le discours reste de toute façon vraiment très bien construit, avec un beau sens des sonorités.
Jean-François
26/09/2009

Maria Schneider Orchestra : Sky blue, artistShare, P2008
Haut perché sur des cimes enneigées et aventureuses, tel l’acuité d’un aigle embrassant quelque terre nouvelle, l’esprit élevé et délicat de Maria Schneider plane délicieusement sur nos sens avec délectation. Sa soif contemplative nous emporte vers des altitudes libératrices, par delà des sommets bien plus évocateurs que l’esthétique d’une simple carte postale, où pourtant, derrière la souveraine béatitude, naissent des transgressions qui épaississent ce somptueux décor par de subtiles ambiguïtés modales, sitôt atténuées par le doux voile des nuances et des couleurs… Nous sommes à vrai dire dans une « jungle » mélodique, où foule de contre-chants susceptibles d’éclore, nourrissent, vibrent, et participent à l’ambiguïté dont nous parlions plus haut. Plus pointilliste qu’impressionniste, un rien expressionniste et descriptive, elle entasse et synthétise, faisant de sa palette orchestrale un tout, un bloc, se gardant bien d’être trop lisse. Nous disons « aventureuses » car si notre compositrice et arrangeuse s’épanouit sur des structures très écrites, les plages dédiées à l’improvisation dégagent la même intensité sans en dégrader la savante construction timbrale, et les audaces des solistes paraissent exemptes de limites en jouant avec l’équilibre de la structure de l’orchestre, délivrant des enrichissements fusionnels et poétiques. Tel un écho fragile, la voix de la chanteuse brésilienne Luciana Souza vient parfois comme renforcer les thématiques sur deux des pièces incontournables, « The ’Pretty’ Road » et « Cerulean Skies ». On ne s’étonnera guère que Maria Schneider ait eu pour mentors Gil Evans et Bob Brookmeyer, ni de l’influence qu’a dû exercer sur elle un certain George Russell. Sorti en juillet 2007 grâce à la plateforme d’artistshare, « Sky blue » est un de ces exemples de production alternative, puisque directement financé par le public, qui montre qu’on peut aussi créer sans devoir nécessairement obtenir l’indispensable onction des maisons de disques.
Jean-François
08/07/2009

Wilkenfeld Tal : Transformation, Waterfront, P 2007
Née à Sydney en Australie en 1986, vivant aux Etats-unis depuis 2002, cette jeune instrumentiste, surgie promptement sur la scène fusion, après seulement 3 années d’apprentissage instrumental, abandonnant à 17 ans la guitare électrique pour la basse – une révélation -, elle parvient rapidement à se faire un nom en 2004 dans les clubs de jazz new-yorkais, puis à 20 ans enfin, premier aboutissement de cette ascension tout feu tout flamme, elle enregistre cet album en 2 jours, paraît-il. Début 2007, elle accompagne Chick Corea pour une tournée australienne aux côtés de pointures comme Frank Gambale, rejoignant quelques mois plus tard Jeff Beck pour une tournée européenne, avec en point d’orgue de cette rencontre, sa participation au Crossroads d’Eric Clapton, le 28 juillet 2007 à Toyota park à Chicago, devant 40 000 personnes. C’est ici véritablement que sa célébrité naît, qu’elle prend sa source, Tal s’y illustre brillamment mais humblement, Jeff Beck lui offre quelques mesures pour un chorus sur « Cause we’ve ended as Lovers … », d’où elle laisse échapper quelques saillies presque timides, mais inspirées, devant un public manifestement médusé, et où Beck lui aussi a toujours ce son si particulier, empreint d’une sorte de complainte presque « animale », d’élévation idéale, toujours décalé et unique certes, mais inclassable surtout… En novembre 2007 elle enregistre à Londres avec lui un live qui fera l’objet d’un CD paru en 2008 – « Performing This Week…Live At Ronnie Scotts » -, ainsi que d’un DVD. Que dire de ce premier album solo donc, aux ressources créatrices certaines, de cet enregistrement marathon d’où transpire une production modeste, de cette personnalité un peu balbutiante encore, d’où percent des formules un tantinet « scolaires », mais non dénuées de spontanéité, servies par un son intéressant et une mise en place impeccable. L’intérêt de l’album est donc bien réel, il y règne une solide réappropriation des riffs de jazz fusion qui ne trompe pas.
Jean-François
17/06/2009

Lyle Mays : Solo, Improvisations for expanded piano, Warner bros, P 2000
Quatrième album en solo enregistré en août 1998, produit par son ami et complice de longue date Pat Metheny, l’homme rencontré en 1975 lors du festival de Wichita, qui va le persuader d’enregistrer ces surprenantes improvisations « orchestrées ». Lyriques, atmosphériques et sombres parfois, un souffle d’avant-garde puissant et romantique imprégné par un fabuleux déploiement harmonique, Lyle Mays semble ici avoir tout donné, où exceptées les deux pièces « Let me count the ways » et « Long life », tout le reste est vraiment composé dans l’instant, une volupté solitaire dégagée de toute emprise formelle, une respiration lunaire créant un climat rappelant une sorte de rencontre du 3e type qui relierait jazz et classique, bien qu’un tel rapport de comparaison apparaisse bien vite dérisoire, où tout ici en tout cas, paraît transcender les genres, ne reste que la musique, mot clé qui prend ou reprend tout son sens au final. Très bon arrangeur, le succès du Pat Metheny group a pour beaucoup reposé sur lui, novateur par sa démarche créatrice, ce qu’il réalise ici est la synthèse de l’acoustique et de l’électronique informatique, qu’il emploie sobrement, pour l’essentiel par l’exploitation des textures timbrales du piano, l’enrichissement de celles-ci élargissant, redessinant l’étendue du spectre sonore et accroît considérablement l’ensemble en expressivité, en relativité des perceptions notamment…On ne peut donc pas parler de collage mais de prolongement de toutes les possibilités de l’instrument, bien au service évidemment – pas suffisamment pour certains peut-être – de toutes les ressources modales. « Long life » qui clôt cet album est un retour à la sérénité, et si notre visiteur des sons et des espaces se veut un « démiurge », l’on ne saurait voir dans son travail une quelconque dimension new age.
Jean-François
16/04/2009

Steve Kuhn : Life’s backward glances, Solo and quartets (3 cd), ECM Records, P 2008
Cette réédition/compilation du fameux label munichois ECM, consacrée à trois albums du pianiste américain Steve Kuhn, porte en elle les germes d’une reconnaissance rétrospective de ce fils du jazz modal, de l’ étudiant de la Lenox school of jazz à la fin des années 50, structure pionnière par son organisation pédagogique, qui lui permettra d’avoir pour amis Don Cherry et Ornette Coleman, et tout spécialement de profiter des importants bouleversements esthétiques de l’époque, grâce aux enseignements dispensés par des personnalités telles que George Russell, Gunther Schuller ou Bill Evans. L’on ne saurait trop rappeler combien ce que l’on appelle le jazz européen aujourd’hui peut être redevable à un tel musicien de l’engouement que le public lui porte maintenant. Trois albums donc, qui laissent entrevoir qu’il entreprit très tôt l’improvisation inspirée par la musique classique, d’un suprême raffinement de toucher, que n’a d’égal une articulation à la pureté presque liquide. Les moments d’émerveillement sont nombreux à nous submerger, Steve Kuhn, véritable créateur d’atmosphères, dépeint des espaces d’une évanescence éthérée parfois, qui s’émancipent dans des développements jamais confus et aux confins d’improvisations foisonnantes, une pure flore harmonique (« The rain forest » ; « Oceans in the sky »), délivrée en totale synergie avec le contrebassiste Harvie Swartz, tandis que le flûtiste/saxophoniste Steve Sagle a plus là une vocation à l’enrichissement timbrale avec le piano lui-même. Que dire aussi de cette élégante et inoubliable ballade « Catherine », de la présence fusionnelle et à fleur de peau de Sheila Jordan, quoiqu’un un peu effacée en apparence mais qui aura su idéalement répondre aux attentes du compositeur. Une facette passionnante des années 70, que l’on connaît peut-être moins, qui n’est pas sans rappeler la mystique un peu « New Age » et onirique de Steve Hackett dans « Bay of kings », ou bien encore le très introspectif jazz-folk d’Oregon.
Jean-François
12/03/2009

EST : Leucocyte, Harmonia Mundi, P 2008
Des peintures apocalyptiques, sombres et illuminées, un titre prodigieusement anagogique, propulsent ce 12e album du trio suédois tout droit vers l’avant-garde du jazz Européen, qui se veut résonner comme un défi prémonitoire à l’évolution, un saut sans parachute mais très abouti, un affranchissement de la forme, comme une résistance, un « antidote » aux distorsions de l‘histoire, se voulant peut-être le témoin, tel une balise de détresse, de sincères préoccupations d’ordre écologiques… ? Une habile déconstruction des harmonies pour une gestation qu’on souhaite prometteuse, mais dont nul ne pourra jamais vérifier si tant de bouleversements insignes au sein de cet EST énigmatique et expérimental, préluderaient ou non à l’ébauche d’une nouvelle voie, puisque la mort soudaine d’ Esbjörn Svensson, survenue le 14 juin dernier lors d’une sortie en plongée, aura brutalement rompu ce processus. Que tout cela nous laisse songeur, car les accents de sérénité ne manquent pas (Premonition : contorted, Still, Ajar), et la vision du groupe est intéressante, qu’on était habitué à suivre, parfois laborieusement, dans leur esthétique très progressive, alors qu’ici nous semblons être pleinement au cœur des choses…Ajoutons que l’apport d’Ake Linton, l’ingénieur du son, bien qu’il réalise là un mixage orienté électro, n’est en rien un leurre, un maquillage commercial, mais au contraire accroît considérablement l’impact du trio et donne un sentiment d’achèvement à l’ensemble. L’ultime message de Esbjörn Svensson est brillant et bouleversant.
Jean-François
12/02/2009

Brian Blade & The Fellowship Band : Seasons of changes, Distrib. Universal Music, Verve, P 2008
Season of changes est le quatrième album en tant que leader, du batteur sideman Brian Blade, paru en 2008. Un disque qui semble assurément inspiré par le souffle morne de ce jazz folk et progressif qu’est celui d’Oregon, et par une thématique et une matière sonore rappelant singulièrement le Pat Metheny group, où Kurt Rosenwinkel, le guitariste du groupe fait montre d’un lyrisme qui nous rappellerait un peu les élans déstructurés et introspectifs d’un Allan Holdsworth (« Rubylou’s Lullaby Blade », « Return of the Prodigal Son », « Season of Changes ») – quoi qu’il apparaissait comme le digne épigone de Métheny avec ce son « Berkeley » un peu scolaire qu’il donnait à nous faire entendre dans « Deep song » sorti en 2005 – , où le pianiste Jon Cowherd, manifeste un certain esprit dépouillé, minimaliste, comme pour répondre à une obligation de concision, renforcer le désir qu’il y a chez The Fellowship band d’incarner un authentique retour aux sources ; il y a un peu du Michael Nyman dans cette formation, où finalement, le seul aliment post-bop nous revient avec la paire de saxophoniste Myron Walden et Melvin Butler, ce qui se confirme encore avec une pièce telle que « Most Precious One(Prodigy) », qui s’embarque sans complexe dans une esthétique « art rock » un peu tourmentée, mais généreuse, que l’on peut qualifier en jazz de « modern creative », et qui se concrétise pleinement, sans nul besoin d’en passer d’ailleurs par une reprise. Confusion des genres chez brian Blade ? S’il a fait ses classes avec Joshua Redman en 1994, donc dans un univers clairement enraciné dans le jazz, Brian Blade aime aussi à travailler avec des artistes venus d’ailleurs : Il a accompagné notamment Bob Dylan et Emmylou Harris, ou bien encore Joni Mitchell…
Jean-François
08/01/2009

George Duke : My soul, The Complete MPS Fusion,MPS, Distrib. Universal, P 2008
Né le 12 janvier 1946, ce claviériste, producteur et chanteur californien, est un de ces grands sidemen – sa complicité désinvolte avec Frank Zappa, son travail avec Jean-Luc Ponty ou bien encore avec un Billy Cobham pour n’en citer que trois – qui aura su surfer voluptueusement sur la vague de la fusion et en écumer toutes ses strates : une démarche sans complexe, un « laboratoire » où s’expriment et se concentrent toutes les préoccupations esthétiques de cette époque, velléités d’avant-garde, un dégradé stylistique qui naîtrait dans le jazz rock/jazz funk, pour flirter ensuite avec la pop-funk, le smooth, en passant par le rock psyché & progressif, ou dans l’expérimentation de rythmes brésiliens. Sans prétendre certes nous faire oublier les autres princes de la fusion de ce temps, Cette édition présente donc ici six albums enregistrés entre avril 1971 et janvier 1976 de cet artiste important mais très peu connu du grand public.
Jean-François
18/12/2008

Marcin Wasilewski, Slawomir Kurkiewicz, Michal Miskiewicz : January, ECM, Munich, P 2008
Remarqué avec son trio par le trompettiste Tomasz Stańko en 2001, Marcin Wasilewski lui doit certes d’avoir ainsi pu se hisser sur la scène jazz contemporaine, mais pour le reste, on peut considérer que son succès ne repose que sur la profondeur éthérée de son toucher et la douceur stupéfiante de ses sonorités. Ses relectures, qui obéissent à une authentique démarche de réappropriation, qu’il s’agisse de « Vignette » (G.Peacock), de « Diamonds and pearls » (Prince), ou bien « cinema paradiso » (Ennio Morricone), témoignent d’une sensibilité exceptionnelle ; son travail sur « Balladyna » (Tomasz Stanko), nous semble révéler là sa personnalité « Chopinienne », on pense un peu à l’atmosphère sombre et feutrée qui ressort à certains moments du premier nocturne. Dégagé de toute affectation classique, le pianiste polonais signe aussi quelques compositions de son cru, avec des improvisations dont le souffle ne se dément jamais (The cat, January, The young and cinema), et se distingue par des thèmes qui pourraient nous renvoyer aux grandes heures d’un jazz modal revigorant (The cat). Quant à « The first touch », émouvante prière onirique et sensuelle, on peut dire que si elle ouvre l’album sur des « abysses nocturnes », elle annonce magnifiquement toute une liturgie mystérieuse, et qui n’a rien de scolaire évidemment. Marcin Wasilewski est une étoile assurément, qui s’en va briller au firmament du jazz Européen.
Jean-François
27/11/2008

Aronas : Culture tunnels, Exclaim/Solid air, Distrib. Warner music France, P 2005
Cela devait arriver…De l’accumulation de ces trios (The Bad plus, Brad Mehldau trio, Marcin Wacilewski trio etc…) venant lorgner sur les plates-bandes d’une certaine pop alternative, le quartet Néo-Zélandais Aronas, en s’emparant du concept, sans pour autant user de dérisoire façon des traditionnelles reprises, s’octroie donc une sorte de passeport d’ubiquité, insaisissable et irréductible à tout, même si la signature stylistique peut se raccrocher à la ferme intention d’exprimer un jazz très pop, planant et frais. S’il y a des clins d’œil ici et là à l’esthétique punk aisément perceptibles, le pianiste Aron Ottignon repeint comme il l’entend ses référents les plus signifiants : world, ambiant, dance, un peu new age et jazz aussi. Tout ceci se mélange de façon inattendue, cohabite harmonieusement, même si l’on sent le groupe peut enclin à trop se soucier de ses transitions, et que l’on perçoit l’envie de conserver en l’organisant, dépouillement, spontanéité et innocence. Par un travail de surimpression et de collages récurrents, de télescopages (happy song), où deux morceaux a priori différents se répondent dans la même pièce, il paraît vouloir insister sur ce qui l’importe : simplifier au maximum, abolir les formes, gommer les conventions trop évidentes , nuancer la notion de temps en y redessinant toute son élasticité. L’ensemble parvient à rester naturel, c’est un album prometteur. Jean-François
6/11/2008

Buddy Rich : Buddy Rich & Maynard Ferguson play selections from West Side Story & other delights, Whitebridge glen, Floride : Lester recording catalog, P 2001
Que l’on soit un admirateur du très énergique et impérial batteur Buddy Rich ou des prouesses du trompettiste canadien Maynard Ferguson, cette compilation, parue en 1991, recèle incontestablement des pièces rares de ces deux acrobates, figures exubérantes s’il en est, dans l’univers des big bands américains. Si l’on peut regretter qu’ils ne jouent pas ici sur les mêmes morceaux, le feeling « swing » est partout là, sans affectation, naturel et savoureux. Nous sommes ici dans le jazz très arrangé, très écrit, orchestré, avec bien sûr des plages d’improvisation, où vient notamment briller le soliste vedette de l’orchestre de Buddy Rich, Pat La Barbera au sax soprano et ténor, dont les chorus enlevés viennent se fondre tour à tour sur une structure de salsa funk endiablée (Kilimanjaro cookout), avec les arrangements sulfureux de Manny Albam , puis sur une ballade langoureuse (Prelude to a kiss), suivie d’ une valse au solo très Coltranien de La Barbera, esprit jazz modal (Waltz for the mushroom hunters), arrangées très soigneusement par le trompettiste Greg Hopkins. Ce qui est ensuite consacré à Maynard Ferguson n’est pas moins intéressant, et ce n’est pas sa version du titre « Gonna fly now » (1977) inspirée par le film « Rocky », qui eut d’ailleurs plus de succès que la version originale de Bill Conti, qui doit nous masquer le musicien qu’il est : que ce soit sur le gospel de Slide Hampton « Got the spirit », sur le « Maria » de Bernstein, ou bien encore sur une de ses propres œuvres (At the sound of the trumpet), Ferguson manifeste une aisance, une facilité, multiplie à satiété, mais sans lasser, les référents blues. Il est peu de dire combien ces musiques sont en soi le pur reflet, une partie de l’âme de l’Amérique…
Jean-François
09/10/2008

Grant Green : Ain’t it funky now !, Blue note : Distrib. Emi, P 2005.
« Ain’t it funky »est une des compilations qui illustre la période funk de Grant Green de 1969 à 1973, avec des versions instrumentales des succès de l’époque. Nous disons funk en raison de la structure très « groove » dispensée par le batteur Idris Muhammad, mais ces enregistrements nous montrent combien Grant Green est ce qu’il est intrinsèquement : un musicien de rhythm’n blues, influencé ici par la forte émergence d’artistes engagés dans l’ère funk, avec en tout premier bien sûr l’incontournable James Brown, les Isley brothers, mais aussi les premiers albums des Meters, de Kool & the gang, respectivement sortis en 1969 et 1970, et qui allaient marquer durablement cet univers. La présence de véritables hits comme « Betcha by Golly Wow ! » , composé par le producteur Thom Bell, d’ « On a two way street » de Ray, Goodman & Brown, permettent à Grant Green de déployer une savoureuse inspiration et surtout son sens de la réappropriation.
Jean-François
04/09/2008

Bennie Maupin : The jewel in the lotus, ECM, P 2007
L’on peut s’imaginer les mines torpides de certains fans de jazz funk définitifs, déboussolés, ne voyant là qu’un album interlope, et pas la moindre petite miette de « groove » à se mettre sous leurs dents entartrées de « cocottes funk » à la « Chameleon » et de formules sommaires plus aisément accessibles…Il faut reconnaître que ce disque occupe une place chronologique plutôt inattendue, puisqu’il se greffe entre deux albums de pur jazz funk, en l’occurrence « Thrust » et le premier « headhunters »…C’était pourtant oublier le passé avant-gardiste de Bennie Maupin, ses rencontres avec un Pharoah Sanders, un McCoy Tyner, ou bien encore sa présence sur les trois albums du sextet d’Hancock. Les mâchoires aussi ont dû se coincer en constatant la présence de deux batteurs ce qui est pour le moins incongru voire choquant… Toutefois, l’honnêteté commande de reconnaître qu’il s’agit là d’une musique véritablement passionnante, dégagée des structures habituelles, spirituelle, truffée de paysages harmoniques uniques, légitimés par le phrasé évanescent de Maupin et les enrichissements fusionnels d’Herbie Hancock.
Jean-François
28/08/2008

Tigran Hamasyan : New era, Paris , Nocturne, P 2007
Ce jeune pianiste arménien nous présente un album aux contours incertains, brouille les pistes et semble bien par là nous signifier sa vocation à exister par lui-même, y compris quand il s’empare de grands standards comme « Solar » ou « You needn’t », de thèmes de son pays, et le compositeur qu’il est ne manque pas de s’y « réincarner » à sa manière…Ce n’est donc pas un trio post-bop de plus, en ce sens que si toutefois l’on pouvait entrevoir un dénominateur commun à son approche modale récurrente, on se dit que, nonobstant une filiation avec Bill Evans qu’il ne renierait probablement pas, Tigran Hamasyan ne cherche pas à être identifié comme un musicien de jazz de toute façon ; d’ailleurs sa démarche de réappropriation revêt une dimension plus orchestrale, concertante parfois, avec ses variations et ses ruptures structurées. Un disque intéressant en tout cas.
Jean-François
17/07/2008

Alice Coltrane : A monastic trio, Impulse, Distrib. Universal, P 1998
Ce disque, paru en 1968, est le premier album solo de la femme de John Coltrane. La présence à ses côtés de Pharoah Sanders , témoigne de sa volonté de rendre un hommage à l’illustre saxophoniste. Musique hautement spirituelle, on peut y déceler tout un héritage coltranien, des conceptions du jazz modal notamment, poussées dans leur ultime conclusion débouchent sur les « contrées » de l’ Avant-garde jazz. Alice Coltrane y dégage une profonde sensualité, manifeste une inspiration débordante, qu’elle soit au piano ou à la harpe ; l’expressionnisme déroutant parfois de Pharoah sanders, trouve là manière à redimensionner les normes d’une nouvelle esthétique en devenir…Sur ce chemin le blues, le Rhythm ’n’ blues, le gospel, l’harmonie occidentale, les rythmes africains, rien n’est abandonné, et l’on peut considérer ce tout en gestation, comme en étant une synthèse en quelque sorte.
Jean-François
15/05/2008

EST : Live in Hamburg, Munich, Act music, P 2007
Le célèbre trio suédois serait-il arrivé à maturité, ou bien est-ce le contexte « live » qui les transcende…Une écoute distraite pourrait nous faire croire à un passage en revue en règle, et enchaîné – si l’on peut dire – comme du « papier à musique » des « identités », de référents jazz, avec en première ligne, le jeu de Esbjörn Svensson qui n’est pas sans rappeler un Chick Corea, ce qui est plutôt flatteur. On peut ne pas aimer, mais on ne peut guère les accuser d’avoir donné dans une démarche « catalogue » tant les transitions sont solides ; et même si on se surprend à rêver à des « Climats impressionnistes » bien plus audacieux, on ne peut manquer de reconnaître la beauté de pièces comme « The goldhearted miner » ou « Dolores in a shoestand ». La gestion rythmique chez Est a en quelque sorte sa vitesse de croisière, sa marque de fabrique, sa signature, et aux très flegmatiques variations progressives de leur tempo qui ont assuré leur gloire, répondent des approches sonores feutrées et sereines, intemporelles…« Goldwrap » et « Behind the yashmak » signent brillamment l’apothéose de ce concert…
Jean-François
17/04/2008

Gabor Szabo : High Contrast, Verve, Distrib. Universal, P 2003
Enregistré probablement entre décembre 1970 et février 1971, cet album décomplexé, assume effectivement ses « contrastes » avec bonheur, d’abord par l’association d’un guitariste de jazz hongrois et d’un chanteur de soul et de rhythm and blues, ce qui aurait pu laisser dubitatif quelques esprits frileux, ensuite par l’opposition rampante entre groove funk et « smooth soul » à la Al Jarreau de l’autre…Non dénué d’ influences latin jazz, rock et Gipsy, cet enregistrement est une bouffée d’air pur et de spontanéité, au point qu’il ne semble pas y avoir de césure entre les thèmes et les improvisations – Bobby Womack assurant toutes les parties d’accompagnement – tant les deux fusionnent harmonieusement. Un manifeste de liberté.
Jean-François
06/03/2008

Joe Bataan : Riot, Distrib. Umvd/Universal $c Fania Records, P 2006
Né en 1942 à harlem, c’est à un afro-philippin que nous devons cet album enfiévré paru en 1968, empreint de latin soul , de Doo-Wop, d’une atmosphère d’anatole, où deux mondes se rejoignent : latino et afro-américain. Aux tempos parfois enlevés, cet enregistrement inspire un sentiment de fraîcheur et témoigne d’une luxuriante spontanéité.
Jean-François
07/02/2008

The Loner : a tribute to Jeff Beck, Sphinx Distribution, P 2005
C’est à un musicien dégagé de toute soumission à un genre particulier, qu’un brillant hommage est consacré…On peut ainsi voir combien Jeff Beck ne fut cloisonné à aucune scène véritablement, à la diversité stylistique des personnels intervenant dans cet enregistrement, où néanmoins l’on perçoit la volonté de s’approprier son univers sonore et spirituel.
Jean-François
10/01/2008

Brett Garsed : Big sky, Paranormal records
Musicien australien né dans l’état de Victoria, il débute l’apprentissage de la guitare à 12 ans après avoir entendu Ritchie blackmore dans « speed king ». Jeff Beck, Jimmy Page, David Gilmour, Jimi Hendrix ont semble t-il aussi « béni ses éveils maritimes », Rory Gallagher pour son « slide guitar » et également Edward Van Halen… « Big sky » apparaît comme l’album dépassant les sirènes de la virtuosité et autres saillies incontinentes de gammes et plans, où l’essence mélodique occupe toute la place et emmène l’ensemble de cette matière sonore à la plénitude de toute son expression. On le sent dégagé d’une quelconque aspiration à être estampillé « musicien de jazz », et l’emploi réitéré d’harmonies des plus prosaïques – dans big sky entre autre – mais non dépourvues d’attraits, témoigne de sa volonté d’y échapper. Son legato sensuel aux relens « holdsworthtiens » rappelle aussi Larry Carlton et Scott Henderson, particulièrement dans « undoing » le morceau phare qui alterne des mesures de 6/4 et 5/4 « serties » d’arpèges introductifs pouvant rappeler Satriani, et « the myth », composition qui le relie à la voie qu’avait tracé Greg Howe – dés son premier opus en 1988 – où improvisations et thèmes réalisent une fusion harmonieuse pour ne faire plus qu’un….
Jean-François
10/01/2008

 

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